Pourquoi pas le grand-angle en proxiphoto ?
Publié le 24 juillet 2014 dans Actualités par Ghislain Simard
L’importance du point de vue
En ce qui concerne la composition d’un cliché pris au grand-angle, le point de vue est capital ; c’est une évidence ! Cette règle s’applique toujours lorsqu’on réalise une prise de vue rapprochée. Il est indispensable de placer soigneusement l’appareil, pas seulement par rapport au sujet, mais aussi en fonction de l’arrière-plan. Avec un grand-angle, il faut en quelque sorte cadrer pour l’arrière-plan. L’intérêt de la photo réside alors dans ce que l’on devine dans le fond flou de l’image, grâce à un champ très large. Et même si l’approche à moins de 10 cm d’un insecte semble délicate, je conseille de compliquer encore davantage l’opération en préconisant l’utilisation d’un trépied.
Cet accessoire vous permet de peaufiner votre cadrage avec une grande précision. En outre, en raison des contraintes d’ergonomie qu’il implique, il oblige le photographe à bien réfléchir à sa composition avant de poser le trépied. Il est préférable d’avoir recours à un trépied léger qui dispose des réglages pour placer l’appareil très près du sol. Vous pouvez l’associer à une rotule qui autorise le blocage de l’appareil à l’aide d’une molette unique. Dans certaines situations quelque peu acrobatiques, un mini-trépied peut être le meilleur choix.
Le cadrage de l’arrière-plan constitue une difficulté supplémentaire par rapport à une pratique plus conventionnelle de la macro. En photo rapprochée, vous avez sans doute pris l’habitude de déplacer légèrement votre appareil afin que la zone de netteté, très étroite, soit positionnée au mieux par rapport au sujet. Avec le grand-angle, vous vous retrouverez souvent face à un dilemme, le point de vue idéal pour cadrer l’arrière-plan ne correspondant pas à la position parfaite pour placer le plan net sur le sujet. Certaines photos ne seraient-elles jamais réalisables ?
Le grand-angle à bascule
Il ne faut jamais dire jamais ! Il existe une solution pour régler la position du plan de netteté sans faire bouger l’appareil. Pour cela, il s’agit de détourner un grand-angle à décentrement et bascule du rôle pour lequel il a été conçu, c’est-à-dire la photo d’architecture et le packshot. Il n’existe actuellement que deux modèles destinés aux reflex 24 × 36, le Nikon PC-E 24 mm f/3,5 et le tout nouveau Canon TS-E 24 mm f/3,5 L II, que nous avons déjà évoqués un peu plus haut. En plus de leur fonction de bascule, ils disposent tous deux d’une distance minimale de mise au point très courte qui autorise la réalisation de plans très serrés. Enfin, leur formule optique est optimisée pour offrir une très bonne qualité d’image à toutes les distances en association avec un reflex numérique 24 × 36.
La bascule de l’objectif par rapport à l’axe optique du boîtier produit une inclinaison du plan net dans la même orientation que le réglage choisi pour la bascule.
La mise en œuvre de la bascule en photographie rapprochée se fait en deux temps. On choisit d’abord l’arrière-plan qu’on désire mettre en valeur. Cela permet d’identifier le meilleur point de vue par rapport au sujet. On peut alors placer l’appareil sur son trépied près du sujet. La distance objectif-sujet est bien sûr fonction du grandissement désiré pour ce cliché. À ce stade, il est impératif d’utiliser un trépied car le réglage très sensible de l’inclinaison de la bascule doit être exécuté avec le plus grand soin. Il est illusoire d’essayer d’utiliser cette fonction à main levée, les résultats étant alors totalement aléatoires.
Une fois que le cadrage est parfait, on passe à la seconde étape qui consiste à régler la bascule pour que le plan net soit placé au mieux par rapport au sujet. Pour réaliser cela rapidement sur le terrain, il faut avoir intégré mentalement les effets de l’inclinaison de l’optique. Le réglage étant délicat, il est impensable de ne pas tâtonner au moment de prendre la photo. On tourne la tourelle de l’objectif afin de sélectionner le sens de la bascule. Puis on règle la netteté sur le point le plus en avant du sujet qui doit être net. On règle ensuite l’inclinaison de la bascule afin que le point le plus en arrière soit net. Enfin, on revient sur le point net le plus en avant pour corriger si besoin la mise au point et le réglage de bascule.

En termes de courte focale, le 24 mm à décentrement et bascule est idéal. Le Nikkor PC-E 24 mm f/3,5 fait le point jusqu’à 45 mm de sa lentille frontale et son mécanisme de bascule permet de choisir l’orientation du plan net. Son diaphragme à commande électrique le rend très simple d’utilisation, mais il n’est pleinement compatible qu’avec les boîtiers les plus récents.
Le fonctionnement de la bascule
Le schéma ci-dessous montre le principe optique qui régit le fonctionnement d’un objectif à bascule. Lorsque l’axe de l’objectif n’est plus aligné avec l’axe optique de l’appareil, le plan de mise au point s’incline dans le même sens que l’objectif. Le phénomène est très marqué car l’inclinaison du plan net est beaucoup plus importante que celle de l’objectif. C’est pourquoi le réglage d’une bascule doit être effectué avec une grande précision.
La profondeur de champ est également affectée par la bascule de l’objectif. Elle est alors comprise dans un cône qui s’élargit lorsqu’on s’éloigne de l’objectif. En proxiphoto, le sujet se trouve très souvent au premier plan, à l’endroit où la profondeur de champ est la plus étroite. Lorsqu’on règle une bascule, il faut donc réaliser la mise au point sur le premier plan avec beaucoup de précision car la fermeture du diaphragme ne produira pas beaucoup d’augmentation de la profondeur de champ au niveau du sujet.
Il faut toutefois noter que l’illustration ci-dessous n’est qu’un schéma de principe plus en phase avec le comportement d’une chambre grand format qu’avec un objectif à bascule étudié pour un boîtier reflex. Il ne représente pas exactement le fonctionnement d’une optique complexe adaptée aux nombreuses contraintes des appareils reflex : formule rétrofocus, taille et position de la monture, axe de la bascule par rapport à la formule optique, mise au point par déplacement du bloc arrière, etc. Il est néanmoins fondamental de bien mémoriser ce schéma avant de passer à la pratique avec une optique pas facile à maîtriser.
Cela paraît simple, mais une grande pratique est requise. Il est assez impensable de partir sur le terrain avec des schémas ou avec un mode opératoire écrit sur une fiche. Avec de l’habitude, on finit par sentir comment l’inclinaison de l’optique et la mise au point interagissent par rapport à la position du sujet. Les corrections de ces réglages liés entre eux se font alors à l’instinct, sans beaucoup réfléchir. Le Live view (visée directe sur l’écran arrière d’un appareil numérique) s’avère particulièrement performant lorsqu’on travaille avec un grand-angle à bascule car il est possible de zoomer à 100 % sur n’importe quelle partie de l’image pour contrôler les réglages.

Le ciel crépusculaire s’était transformé en un superbe dégradé de couleurs, de l’orange jusqu’au bleu profond. Seul le grand-angle était en mesure d’embrasser un champ suffisamment large pour reproduire ce spectacle. L’appareil était placé au sol en contreplongée. La fonction de bascule du Nikkor PC-E 24 mm a permis de faire passer le plan net par les ailes de l’insecte et par la tige sur laquelle la libellule était posée. Nikon D3 ; objectif PC-E 24 mm f/3,5 ; rapport 0,1 ; lumière naturelle après le coucher du soleil ; 1/250 s ; f/5,6 ; 400 ISO
Bonjour,
Cet article est intéressant mais l’idée de l’objectif à décentrement à 2000 euros ou plus couplé logiquement à un boitier haut de gamme…tout ça pour de la proxiphoto ? Serait-ce le nouveau joujou du petit riche qui qui fait mumuse avec du matos à 6000 euros qu’il aurait acquis comme d’autres acquièrent des poissons rouges à 2 euros pièce? Je sais que la démocratisation de la photographie fait venir à la photographie beaucoup de touche-à-tout excentriques prétentieux et fort savants souvent équipés mieux que certains pros mais il ne faudrait pas en plus leur donner des idées, ils en ont suffisamment…
Non, je ne pense que ce soit affaire de petit riche ou d’excentriques prétentieux.
Celà me rappelle, il y a bien longtemps, un test d’une appareil panoramique Horizon, où le journaliste se plaignait amèrement de l’impossibilité de faire de la macro avec.
Chaque outil à son domaine d’utilisation propre.
Mais c’est une posture journalistique que de vouloir montrer qu’on peut faire la macro avec un 800 mm ou d’utiliser un objectif à décentrement pour faire de la macro.
De là à en faire un livre, mon dieu !
En fait, l’ouvrage de Ghislain est beaucoup plus « raisonnable » que vous croyez, bien qu’il explore, au sein de l’ultime chapitre, des techniques plus sophistiquées qui ont fondé la réputation de l’auteur (objectif grand-angle, photo haute vitesse, flash stroboscopique, macro au moyen format). J’ai lu ce troisième chapitre avec beaucoup d’intérêt, car il est passionnant, au même titre que les deux premiers, dont il est plus facile de suivre les conseils sans se ruiner;-)
Hmm, faut-il penser à un complot chaque fois qu’un photographe (excellent, en plus…) présente ses techniques de prise de vue ? Si les objectifs de décentrement ne font, à l’image des autres objectifs grands angulaires, pas vraiment partie des matériels « classiques » utilisés par les amoureux de la proxiphotographie, ils peuvent néanoins rendre de fiers services. Ce n’est pas une question de « petit riche » – à titre personnel, je possède un « vieux » Canon TS-E 24 mm acheté d’occasion il y a maintenant 15 années (à 600 euros seulement…) qui continue à me rendre de très fiers services. Pas encore en proxiphotographie, mais je ferai sans doute un essai dès que la météo collabore à nouveau 😉
Bonjour,
Non, il ne s’agit pas de complot, mais d’une réactions, personnelle, à une pratique un peu très répandue de vouloir absolument utiliser un outil pour ce qu’il n’est pas prévu.
Manque d’imagination pour se démarquer des autres ouvrages ou manque de confiance en soi ou prétention exagérée ?
Et mettre cette particularité en exergue pour présenter l’ouvrage, c’est, à mon sens, le desservir.
J’attends le livre sur la photographie sous-marine qui nous expliquera que le top du top, c’est un 600 mm ouvert à 2.8 (les gros objectifs bien lourds, bien longs et bien chers de chez Nikon et Canon) !