Photo d’architecture : démarche informative et/ou approche esthétique ?
Publié le 19 avril 2011 dans Actualités Livres par Gilles Aymard
En résumé
La première approche de la photographie d’architecture, la photographie de commande, est davantage utilitaire et comporte un caractère documentaire et/ou publicitaire. Le commanditaire préconise souvent au photographe une vision objective (mais est-elle vraiment possible ?) qui n’exclut nullement la dimension artistique qu’il y mettra (il n’y a qu‘à voir les résultats de la mission héliographique !). L’important, c’est que l’auteur de l’image d’information mette toujours l’accent sur le contenu sémantique de la photographie et qu’il ne laisse pas reculer l’information au second rang. C’est une photographie souvent lourde de contraintes, par les délais parfois très courts, les aléas météorologiques, les autorisations à obtenir, etc. Elle est de plus soumise à une obligation de résultat, ce qui fait la principale différence entre la photographie professionnelle et une pratique amateur.
La seconde approche, la photographie esthétique, n’est en général soumise à aucune obligation de résultat ; c’est une démarche purement artistique. Elle n’est conditionnée que par le désir de création de l’auteur, son souhait de communiquer des émotions, des questionnements, et de faire partager un plaisir esthétique. C’est dans ce cadre que s’est créé, à l’initiative du photographe Henri Gaud, un groupe de photographes réunis par le même objectif de travailler sur un thème commun, sans autre contrainte que la réalisation d’un ouvrage collectif, avec autant de visions personnelles que d’auteurs.
Exemple de démarche purement artistique autour des escaliers dans l’architecture. Dans cette photographie, seul l’aspect graphique et abstrait, dû au jeu des ombres et des lumières créé par l’escalier, a été recherché. © Gilles Aymard (Canon EOS 1Ds Mk III, objectif TS-E 45 mm f/2,8).
Pour ma part, lorsque je suis séduit par un bâtiment, la qualité de son architecture ou la conception originale d’un architecte, j’adopte bien souvent la double approche : je réalise des photographies au service de mon client, correspondant à sa demande et qui lui permettront de communiquer, vendre ou archiver. Et je réalise également, si possible, des photographies plus “libres”, à caractère artistique, pour montrer ma vision personnelle, indépendamment des contraintes de production.
—-
Cet article est extrait de “Photo d’architecture”, l’ouvrage de Gilles Aymard paru aux éditions Eyrolles. L’auteur y décortique le quotidien d’un photographe d’architecture et donne conseils et méthodes pour gérer au mieux les contraintes du métier : repérages, exigences des clients, respect des délais, caprices de la météo, matériel spécifique… Il explique aussi, au moyen de nombreux exemples illustrés, comment choisir un point de vue valorisant pour un bâtiment, composer avec la luminosité ambiante en intérieur comme en extérieur, corriger les imperfections d’une scène telles qu’un ciel gris ou un chantier inachevé, redresser des perspectives, etc.
Diplômé de l‘école d’architecture de Lyon en 1978, photographe depuis 35 ans, Gilles Aymard s’est spécialisé dans la photo d’architecture il y a 15 ans. Il travaille notamment pour des architectes, des grands constructeurs, des industriels et des organismes institutionnels. Son travail est présenté sur son site.
Merci beaucoup pour cet article, j’ai ete tres interesse par ce livre que j’ai devore et que je conseille chaudement.
Heu…. l’architecte de Villeurbanne (légende sous la photo du base du texte) s’appelle-t-il vraiment « Môrice » Leroux ou s’agit-il d’un bug d’un traitement de dictée sous reconnaissance vocale (pour Maurice) ??
Nous assistons aujourd’hui comme dans la mode à un phénomène identique: l’architecte fait ses photos lui-même, tant qu’à faire!
Je me rappelle un débat à Beaubourg sur la photo d’architecture, nous avons très vite dévier sur le droit d’auteur, d’interprétation, voir dans un cas sur le droit de réponse à un sujet d’architecture soit disant mal photographié (interprété). Vaste débat et la relation de confiance entre un architecte et un photographe est relativement rare. Malheureusement. Pourtant plus le regard du photographe est personnel, intransigeant, pertinent, dérangeant, plus le geste, le regard de l’architecte est mis en valeur, sublimé. Pour autant maintenant, une architecture imagée, désincarnée, stéréotypée ne produit que des images fades, magazinées, standardisées. L’architecture mérite un point de vue. L’architecture doit générer de la vie, de la vie pas de l’imagerie décorative.
En tout cas peu de photogoraphes sont devenus architecte!
@osiris : il ne s’agit pas d’une erreur ni d’un bug, l’architecte se prénomme bien « Môrice » et non « Maurice ».
!! 🙂