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La démarche photographique : entre le sujet et l’image

L’idée
Avoir repéré un sujet ne suffit pas. Si vous déclenchez à ce stade, la photo ne sera qu’un vulgaire descriptif documentaire, une vue banale ou, au mieux, une jolie carte postale. Ne vous contentez pas de savoir quel sujet vous voulez photographier. Demandez-vous pourquoi celui-ci vous intéresse. J’appelle cela “photographier non pas des noms, mais des adjectifs”. Cette fleur a attiré votre œil ? Soit ! Mais pourquoi ? Est-ce parce qu’elle est colorée, qu’elle semble douce, bien éclairée, parce qu’elle a une forme ronde… L’idée n’est pas seulement liée aux caractéristiques visuelles du sujet mais aussi aux émotions. Cette fleur amène-t-elle en vous une certaine nostalgie, vous rappelant un autre jardin, peut-être vous donne-t-elle “la pêche” par ses teintes acidulées, ou l’envie de vous intéresser davantage à la nature, à la botanique ?

En pratique, décrivez le sujet en 2 ou 3 adjectifs, relatifs à son aspect visuel ou à ce qu’il vous évoque. Ces qualificatifs vous seront d’une grande aide pour réaliser une bonne image.

L’intention
Elle est le pendant de “l’idée”, mais sur un plan plus communicatif. Demandez-vous à présent ce que vous souhaitez communiquer par votre image. Si le sujet choisi vous a intéressé pour telle ou telle raison, nul doute que cela sera de même pour les proches qui visionneront votre image. En fait, ce n’est pas vraiment le sujet lui-même que vous souhaitez partager mais ce qui vous a plu dans ce sujet, visuellement ou émotionnellement. N’hésitez pas à considérer l’environnement dans son ensemble pour voir s’il est possible d’enrichir votre image de manière à rendre votre intention plus claire. Prenez aussi en compte les conditions de prise de vue repérées auparavant de manière à ne pas vous retrouver devant une “équation impossible” ! Soyez réaliste… mais imaginatif !

En pratique, décidez de quelle manière vous allez interpréter le sujet. Gardez bien en tête que celui-ci n’est qu’une matière première que vous devez modeler, un outil, au même titre que votre appareil et votre œil, au service de l’image. L’enjeu ? Réussir à formuler : “Je vais mettre en valeur mon sujet de telle façon pour exprimer telle idée ou émotion”.

La maîtrise technique
A présent, vous abordez une phase plus concrète. On a dépassé le stade du “pourquoi” pour atteindre celui du “comment”. Parmi les paramètres techniques à votre disposition, lesquels vous permettront d’arriver à vos fins ? Profondeur de champ, flou de mouvement, orientation lumineuse, exposition particulière… Comment l’appareil va-t-il contribuer à exprimer votre rapport au sujet ?

En pratique, n’utilisez pas les réglages de l’appareil de façon “gratuite”. Mettez votre matériel au service de votre intention et de l’image à réaliser. Vous recherchez de la douceur ? Le flou de profondeur de champ ou une pose lente bien dosée seront vos meilleurs alliés. Du dynamisme ? C’est au contraire une photo bien nette et bien contrastée (peut-être saisie en contre-jour ?) qu’il vous faut ! Et ainsi de suite.

Livres conseillés sur ce sujet

5 commentaires “La démarche photographique : entre le sujet et l’image

  1. C’est toujours un plaisir et une expérience très enrichissante que de lire un de tes articles, chère Anne. J’aime beaucoup cette phrase : « N’est-il pas dommage de se contenter, comme on dit, “d’appuyer sur le bouton” quand on peut mettre en image une vision pour partager vraiment ce qui nous tient à cœur ? » C’est tellement vrai ! Il arrive souvent que l’on me dise qu’il suffit juste d’appuyer sur le bouton… J’aime alors à répondre que oui, mais que j’ai mis des années avant de savoir comment et à quel moment appuyer !

  2. Bonjour, afin d’enrichir le sujet et de proposer une approche sociologique, je vous conseille la lecture de l’ouvrage coordonné par P.Bourdieu : Un art moyen, essai sur les usages sociaux de la photographie. P.Bourdieu, L.Boltanski, R.Castel, J.-C.Chamboredon
    Éd. de Minuit, Le sens commun,1965.
    Revue, 1970, 352 pages.
    ISBN : 2707300292

    Alors que tout semble promettre la photographie, activité sans traditions et sans exigences, à l’anarchie de l’improvisation individuelle, rien n’est plus réglé et plus conventionnel que la pratique photographique et les photographies d’amateurs. Les normes qui définissent les occasions et les objets de photographie révèlent la fonction sociale de l’acte et de l’image photographique : éterniser et solenniser les temps forts de la vie collective. Aussi la photographie, rite du culte domestique, par lequel on fabrique des images privées de la vie privée, est-elle une des rares activités qui puisse encore de nos jours enrichir la culture populaire : une esthétique peut s’y exprimer avec ses principes, ses canons et ses lois qui ne sont pas autre chose que l’expression dans le domaine esthétique d’attitudes éthiques.

  3. Je ne suis pas sûr que le texte de Bourdieu soit bien en rapport avec l’article d’AL Jacquart.
    L’extrait du livre de Bourdieu (livre que je n’ai pas lu – et donc je me réfère ici uniquement à l’extrait qui est cité) parle de l’acte photographique « amateur » (c’est lui qui le dit, et j’ai bien compris qu’il n’y a rien de péjoratif), de celui que constitue la photographie « sociale » (les souvenirs que nous engrangeons à titre personnel pour « éterniser et solenniser les temps forts de la vie collective »).
    L’article d’AL Jacquart ne parle pas du tout, à mon avis, de cela. AL Jacquart est une excellente photographe, une ciseleuse d’images, qui possède à la fois une maturité dans son travail et dans sa réflexion théorique sur ce travail. Elle nous fait partager ici une réflexion subtile sur l’art de la composition, à travers sa sensibilité et « son acuité visuelle de photographe ». Il ne s’agit pas de photographie sociale, mais bien de volonté artistique avérée et tangible.
    Elle parle (très peu) de technique, mais (surtout) de perception, d’émotion, d’anticipation, de construction plus ou moins consciente de l’image, de choix esthétiques, d’une vraie réflexion photographique. C’est à la fois extrêmement rare et extrêmement difficile.
    Le seul risque serait d’y perdre une sorte de spontanéité, de jubilation brouillonne mais créative, d’élan irraisonné qui peut nous submerger et nous lancer dans une photo « à l’instinct ». Cet « emballement photographique » peut aussi générer quelques pépites. Mais sans doute faut-il avoir déjà une bonne pratique pour pouvoir « obéir à cet instinct » et en tirer de beaux résultats.

  4. Pingback: Les liens photo - Juin 2012 | sfphotos.fr

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